Comme pour établir une référence, le film commence avec l’évocation du tsunami de décembre 2004 au cours duquel un navire de pêche coréen est sauvé miraculeusement, laissant cependant orpheline la jeune Kang Yeon-Hee. Quatre ans plus tard, la jeune fille survit péniblement sur les quais du port de Busan en vendant des consommations à la sauvette. Choi Man-Sik a promis à son père de veiller sur elle le jour du drame mais la mère du marin qui a abandonné son ancien métier fait preuve d’une grande hostilité envers la jeune fille qui vient empiéter sur son commerce légal. Choi Hyung-Sik, le deuxième fils est sauveteur en mer. Au cours d’une de ses missions, il fait la connaissance de Kim Mee-Hi, jeune étudiante séoulite délurée, tombée à l’eau au cours d’une sortie en mer sur un yacht. Alors que les deux frères mènent parallèlement leurs deux romances tout aussi pataudes (Man-Sik, souvent ivre, semble ne pas s’apercevoir des sentiments de Yeon-Hee et Hyung-Sik se fait mener par le bout du nez par Mee-Hi), leur oncle Choi Eok-Jo s’affaire auprès de promoteurs et semble bien décidé à céder aux projets immobiliers de la plage d’or en essayant de convaincre ses proches de partir. Pendant que la vie du port bruisse de ces intrigues sentimentalo-financières, Kim Hwi, un géologue tente d’alerter le président de l’Agence de Prévention des catastrophes. Les calculs et les relevés établis par son équipe témoignent d’une activité sismique exceptionnellement élevée au large de l’île de Tsushima (50 tremblements de terre). Mais son supérieur ne veut rien entendre d’autant que la ville doit accueillir une manifestation culturelle prestigieuse. Parmi les organisatrices de cet événement figure Lee Yoo-Jin, l’ex-femme du professeur Kim, revenue des Etats-Unis avec son compagnon Hae-Chan et sa fille Ji-Min, âgée de cinq ans qui ne sait pas que le scientifique est son père. La tension monte quand il va retrouver l’enfant égarée sur la plage par son tuteur au bureau des gardes-côtes. En ville, Oh Dong-Choon, jaloux de la demande en mariage que Man-Sik a fini par faire à Yeon-Hee le jour du feu d’artifice, a révélé à la jeune fille la responsabilité du marin dans la mort de son père et le play-boy au yacht a rossé Hyung-Sik pour qu’il renonce à Mee-Hi. Et celle-ci est repartie en croisière sur le hors-bord. Le raz-de-marée qui s’est fait attendre pendant près d’une heure va venir bouleverser toutes ces petites intrigues privées et éclabousser le spectateur dans son fauteuil.
Le véritable film-catastrophe commence ici dont on ne révèlera pas toutes les péripéties et l’on comprend que certains spectateurs, par la bande-annonce alléchés, aient déjà perdu patience en subissant ces longs préliminaires très marqués par les débordements du jeu dramatique coréen. Pour qui n’a jamais vu de films ou de téléfilms du pays du matin calme, ce mélange entre le sentimentalisme emphatique et mélodramatique et le comique souvent à la limite du grotesque outré et stéréotypé peut surprendre et lasser surtout dans un scénario qui s’annonce a priori comme celui d’un blockbuster survitaminé et déferlant d’effets spéciaux et d’écume. Il est vrai que l’on pleure et que l’on crie beaucoup dans les dramas coréens et que certains personnages peuvent paraître agaçants (Yeon-Hee en Cosette, Hi-Mi en « Sassy Girl » capricieuse, Man-Sik en gros ours maladroit à la Song Kang-Ho, Kim Hwi en savant visionnaire forcément incompris) mais cette expressivité est justement une caractéristique de ce cinéma qui se donne de plus en plus les moyens de subvertir les grands genres du cinéma occidental tout en gardant une pâte très locale. Après The Host (Bong Joon-Ho) et le film de monstre, Le bon, la brute et le cinglé (Kim Jee-Won) avec le western, Thirst (Park chan-Wook) avec le film de vampire, Haeundae rivalise avec le film catastrophe en y ajoutant sa part d’exotisme, d’émotion et d’humour. Le rire, en effet, désamorce souvent la grandiloquence pathétique ou la mièvrerie sirupeuse de certains passages comme en témoignent par exemple la première scène de sauvetage en mer de Mee-Hee et la chute des containers sur le pont de Gwangan. On n’oubliera pas non plus le message écologique et politique : si l’avidité des hommes cherche à conquérir et à gagner toujours plus, la nature peut rappeler à l’homme la fragilité de ses acquis. Haeundae par certains côtés rappelle l’avertissement de The Host. C’est peu de dire que la vague balaye les scories de cette mise en route un peu lente et même de l’ultime refrain patriotique sur l’héroïsme des sauveteurs. S’il est probablement farfelu de concevoir qu’une vague aussi grosse puisse se former entre le Japon et les côtes de Corée du Sud et certainement convenu de terminer cette histoire avec sa part de martyrs et de miraculés, ne boudons pas notre plaisir devant ce spectacle qui met la technique et le récit au service du divertissement.
Casting :
Choi Man-Sik : Sol Kyung-Gu (vu dans Public ennemy, Peppermint candy, Oasis)
Kang Yeon-Hee : Ha Ji-Won (vue dans Duelist, Phone, Miracle on first street)
Kim-Hwi : Park Joong-Hoon (vu dans La vérité selon Charlie, Sur la trace du serpent)
Choi Eok-Jo : Chae ho-Song (vu dans Memories of murder, President’s last bang, May 18, Double agent)
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